24 novembre 2004

Le poète libre
L'art est le produit de l'exercice de la liberté (1)

bande

J'ai dans ma bibliothèque une rangée que j'aime particulièrement. Elle regroupe, sans souçi pour l'ordre alphabétique, les livres d'écrivains que je connais personnellement. La plupart sont des amis. Mes livres y sont aussi, ceux que j'ai écrits comme ceux que j'ai édités. Nous formons une belle équipe sur cette tablette, une petite famille en quelque sorte, une bande, une escouade, presqu'un clan. Mais nous ne sommes pas seuls; pas très loin, sur les autres tablettes, les œuvres d'Albert Camus, de Romain Gary et de tant d'autres. Nous sommes en bonne compagnie.

Je pense souvent à la première fois où j'ai vu un de mes livres dans une librairie. Je me suis immédiatement demandé : à quoi bon ? Pourquoi un de plus parmi ces millions d'autres livres ? Un tout petit ouvrage de cent pages à travers les livres de cuisine ou de voyage, à coté des bibles et des ouvrages érudits, près des romans de Balzac, des nouvelles d'Hemingway, des romans Harlequin et de la littérature érotique, des manuels de mécanique et des anthologies de poésie. Ça va ajouter quoi ? Et pour qui je me prends ? Tout n'a-t-il pas été dit ?

Oui, «mais pas par moi», aurait répondu Gertrude Stein.

Certains écrivains travaillent sans relâche toute leur vie sans jamais publier, ils n'y pensent même pas. Ou, ils s'en sont souciés mais sur leur table de travail la pile des refus des maisons d'édition s'épaissit. D'autres, plus chanceux, ont été remarqués assez tôt, pour des raisons qui leur échappent la plupart du temps. Le goût du jour, le climat de l'époque, une subvention inattendue, que sais-je.

Certains auteurs tenaces finissent par être publiés. Mais non sans ces révisions et ces corrections inévitables, ces réécritures imposées, ces retouches et ces remaniements contestables, mais bref, allons-y... pourquoi pas. Être enfin publié !

Rares sont ceux qui ont le courage de leur conviction. Qui publient un livre sans compromis. Sans subvention, c'est-à-dire un livre qui n'a pas déjà été payé par les impôts de leurs concitoyens. Si, comme l'a dit Pierre Falardeau la liberté n'est pas seulement une marque de yogourt, c'est aussi ne rien devoir à personne.

Bertrand Tremblay est de ceux-là.

Plus près encore, nous tentions de nous connaître (2), son dernier recueil de poésie, est une œuvre d'art, tant pour son contenu que pour sa matérialité : c'est le produit de l'exercice de la liberté.

© Richard Ste-Marie / 24 novembre 2004

(1) Immanuel Kant

(2) Lancé le 24 novembre 2004 à L'Inox, 37 Quai Saint-André, Vieux-Port de Québec.


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